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                                                                            Franz Schubert (1787 -1828)

 

 

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Maître du lied, symphoniste de génie, chambriste hors pair, Franz Schubert est considéré comme le troisième musicien viennois par excellence, après Mozart et Haydn. Bien que son passage sur terre soit de très courte durée – car il ne vécut que trente-deux ans – il démontra pour la musique un talent inné, un don pour certains, qui laisse regretter son décès prématuré tant son génie imposait. Toutefois, il fut peu reconnu de son vivant, peu publié et son influence sur les générations futures fut assez limitée ; il est même très étonnant que ses trouvailles n’aient alors trouvé plus d’écho dans le milieu musical romantique.

 

 

 

Des débuts prodigieux :

 

 

    Franz Schubert est né le 31 janvier 1797 à Lichtental, un faubourg de Vienne, où son père dirigeait l’école paroissiale. Issue d’une famille de musiciens, le jeune Schubert eut une enfance heureuse, baignée de musique. Il n’est dès lors guère étonnant qu’il fut précoce quant à ses dons musicaux : son père lui enseigne le violon, son frère Ignace le piano et le maître de chapelle de la paroisse, Michel Holzer, le chant, l’orgue et la basse continue. Très vite, il se met à transposer, à développer ou à improviser sur un thème donné.

 

Au mois de mai 1808, Franz passe un concours interne au Stadtkonvikt, une sorte de Conservatoire, rattaché à l’Université, au centre de Vienne, où les chanteurs de la Cour recevaient leur instruction générale, religieuse et musicale.

S’il ne s’intéressait que très peu à l’instruction religieuse durant ses études, il développa un second sens pour la poésie et approfondie ses dons musicaux. Il joue les premiers violons dans l’orchestre du collège, remplace le maître pour s’essayer à diriger ; ainsi approfondit-il les œuvres symphoniques classiques de Haydn, Mozart, Beethoven ou Méhul.

 

Schubert compose très tôt : les compositions les plus anciennes à nous être parvenues datent de 1810 : la Fantaisie en sol pour piano à quatre mains, le Quatuor à cordes en sol, un second en ut majeur, une ouverture pour trompettes et timbales et son premier essai dans son genre de prédilection : la Plainte d’Agar, sur un poème de Schucking, des ouvertures pour orchestre, une esquisse d’opérette, un Kyrie, un Salve Regina en fa.

Dans un premier temps, il ne négligea pas les autres disciplines mais plus il composait, plus les bulletins scolaires se révélaient mauvais, ce qui provoquait des colères noires à M. Schubert père. D’après le récit autobiographique de Franz, il fut chassé de la maison paternelle ; mais cette période fut de courte durée car au décès de sa mère, le père et le fils se réconcilièrent devant le cercueil.

 

 

                                                            Schubert et son père jouant un quatuor à cordes

 

 

Le jeune Schubert peut alors continuer son enseignement musical, qu’il poursuit avec Salieri dans le maniement du contrepoint et de la conduite des voix. A cela, il faut ajouter le fait que le collège où étudiait Schubert possédait un orchestre avec lequel il put faire exécuter les œuvres qu’il composait ; ainsi il jugeait de l’effet, corrigeait et améliorait. Peu ont eu cette chance dès leur début.

 

 

Schubert, le bohémien :

 

En 1813, Schubert quitte le collège pour une vie de bohème, habitant tour à tour chez des amis, se contentant d’un piano de location, de la bibliothèque des Frohlich… Toutefois, pour plaire à son père, il accepta de faire un stage pédagogique à l’école normale d’instituteurs de Sainte-Anne, non sans abandonner la composition. En cette année 1813 virent le jour nombre de trios, des musiques sur des poèmes de Schiller, un Octuor pour instruments à vent, une Chanson à boire pour basse solo, chœur d’hommes et piano, les Troisième, Quatrième, Cinquième et Sixième Quatuor à cordes de la série V, et une « Cantate pour l’anniversaire de mon père » pour deux ténors, basse et guitare.

 

 

                                                                               Schubert jouant de la guitare

 

 

 

L’année suivante (1814), alors qu’il effectuait son stage de futur instituteur, fut très fructueuse sur le plan musical : une première Symphonie en ré majeur, le Dixième Quatuor à cordes en mib majeur, trente menuets pour piano, une première Messe en fa majeur, une esquisse d’opéra, le Pavillon du Diable, sur un livret de Kotzebue. A l’automne 1814, il reçoit un « Diplôme de sous-maître d’école » de quoi satisfaire son père ; il se résignera même au poste d’aide-instituteur auprès de son père, mais cette activité ne lui convient guère, ne pouvant supporter les élèves, manquant de patience et ne trouvant pas le temps de composer.

 

1814 : une année importante musicalement. Schubert nous indique qu’il compose de manière très rapide – au bas de son Huitième Quatuor à cordes en sib majeur il inscrit « achevé en quelques heures » - et le 19 octobre signe une réussite étonnante en atteignant une rare perfection avec le lied Marguerite au Rouet, sur un poème de Goethe. Tout ce qui compose l’essence même de ses lieder postérieurs se trouve ici : l’union fusionnelle entre poésie et musique, la ligne mélodique simple, l’accompagnement pianistique complexe, les modulations « surprises ». Schubert vient de créer le « lied allemand » ; avec ces lieder suivants, il va imposer le genre.

 

L’année suivante est la plus féconde pour le musicien viennois et répond à toutes ses espérances : quatre opéras, les Symphonies n°2 & 3, ses Messes n°2 & 3, le Neuvième Quatuor à cordes en sol mineur, deux sonates pour piano, des chœurs profanes et sacrés, de nombreux morceaux pour piano et environ 140 lieder dont le sublime « Roi des Aulnes ».

Seule déception pour cette année-là : le refus d’un poste de professeur de musique à l’école normale de Laybach – Salieri ayant recommandé un autre candidat pour l’emploi.

 

Comme pour certains musiciens / compositeurs, la vie de Schubert se confond avec celle de ses œuvres. 1816 voit la naissance de nombreux lieder, de la Quatrième Symphonie qu’il nomme Tragique, le Onzième Quatuor à cordes en mi majeur, Trois Sonatines pour violon et piano et un Rondo en la majeur pour violon et quatuor à cordes.

 

Fait majeur pour lui : le 17 juin 1816 « Aujourd’hui, pour la première fois, composé pour l’argent. Une cantate… Les honoraires sont de cent florins », soit plus du double de son salaire mensuel. Tout comme le fait qu’il rencontra le chanteur Vogl grâce à son ami Schober ; celui-ci eut un tel choc devant la musique schubertienne qu’il décida derechef de répandre la musique du jeune artiste et devint ainsi l’interprète des lieder de Schubert. Ses lieder acquièrent une plus grande maturité, tout comme ses sonates ; œuvres riches et équilibrées.

 

 

 

Des idées de voyage :

 

Quand il atteint l’âge de vingt ans, Schubert demande un congé sabbatique d’un an, et souhaite réaliser ses grandes ambitions, dont l’une n’est pas des moindres : devenir Beethoven. Pour cela, il doit s’écarter de Vienne et faire des voyages. Une occasion se présente à lui : Anselme Hüttenbrenner le présente au comte Esterhazy – une autre branche de la famille et non le fameux Nicolas-Joseph, protecteur de Haydn – qui l’emploiera en tant que professeur pour ses deux filles. Il passe ainsi l’été 1818 en Hongrie, abandonnant l’Autriche pour la première fois de sa vie.

 

Musicalement, Schubert s’enrichit : il n’écrit pratiquement que des lieder mais y gagne. Il devient plus hardi et original dans son écriture. Mais au fil de cette nouvelle expérience, il s’ennuie et ne peut regagner Vienne qu’en novembre. La rentrée des classes est alors passée et Schubert pense qu’il peut échapper à ses obligations. Mais son père ne l’entend pas de cette manière et devant le désaccord de son fils, le chasse une nouvelle fois du domicile familial.

 

Schubert devient alors une sorte d’itinérant, allant chez ses amis quand ceux-ci pouvaient le recevoir. Il réussit néanmoins à organiser sa vie de telle sorte qu’il ne compose que le matin, le reste de la journée étant consacrée à l’amitié, à la flânerie et à la promenade. C’est ainsi que le milieu artistique, tout confondu, devient sa seconde famille.

 

 

                                              Schubert au piano, par Moritz von Schwind (1868)

 

 

Le 8 janvier 1819 est exécutée Prométhée, cantate désormais perdue, aux concerts bimensuels. En décembre de la même année, Schubert livre le Roi des Aulnes, qui fait office de révolution dans la société viennoise.

Deux années plus tard (1821), on commence à jouer sa musique aux salons et concerts, pour exemple, le succès de « Le Rossignol » - quatuor vocal avec piano et guitare – donné le 22 avril. Ses amis servent sa cause, sa réputation grandit, d’autant plus que sa musique est en avance sur son temps.

Pourtant sa musique ne restait accessible qu’à une élite ; c’est pourquoi il cherchait activement un éditeur afin d’élargir son public. Et pour ce faire, Schubert composa nombre de pièces pour piano, l’instrument « romantique par excellence ». Mais les éditeurs les refusèrent néanmoins car elles ne constituaient pas la mode de l’époque (1820) ; elles ne le seront que bien après sa mort.

 

 

                                                      Schubert, par Gustav Klimt

 

 

Les premières compositions de Schubert à être gravées furent ses lieder, publiées en cahiers séparés. Ainsi le Roi des Aulnes fut l’opus 1, Marguerite au Rouet l’opus 2, quatre poèmes de Goethe l’opus 3. Sur l’ensemble de ses œuvres (environ un millier) seules une centaine furent publiées de son vivant, essentiellement des lieder. Il faut attendre la fin du XIX° siècle pour connaître ses « grandes œuvres » ; ainsi en est-il de sa Huitième Symphonie « Inachevée » composée en 1822 et éditée seulement en 1865.

 

 

L’opéra :

 

Schubert a toute sa vie composé pour le théâtre, mais sans succès. Ce qu’il cherchait avant tout, c’était l’argent et la gloire, que seul peut alors apporter le théâtre. Il faut juger de sa détermination par le nombre d’œuvres composées pour le théâtre. Des Teufels Lustschloss (le Pavillon du Diable, 1814), Der vierjahrige Posten (la Sentinelle de quatre ans, 1815), Fernando (1815), Claudie con Villa Bella (1815), Die Freunde von Salamanka (les Amis de Salamanque, 1815), Der Bürgschaft (la Caution, 1816), Adrast (1819 ?), Die Zwillingsbrüder (les Frères jumeaux, 1819), die Zauberharpe (la Harpe enchantée, 1820), Alfonso et Estrella (1822), Die Haüsliche krieg (la Croisade des dames, 1823), Fierrabras (1823), Rosamonde de Chypre (1823).

Sans compter les esquisses : Der Spiegelritter (le Chevalier au miroir), les Minnesinger (1827), le Comte de Gleichen.

 

 

                                                           Schubert par Gabor Melegh (1825)

 

 

En dépit de la pauvreté des livrets, Schubert aura deux ouvrages représentés sur une scène publique en 1820. Mais le succès tant espéré ne vint pas.

 

 

Les dernières années, déjà :

 

En 1823, atteint de syphilis, Schubert sombre dans la neurasthénie. Il passe plusieurs semaines à l’hôpital pendant lesquelles il écrit une grande partie de la « Belle meunière » et sa Sonate pour piano op.143. Schubert n’en guérit malheureusement pas complètement et la neurasthénie ne le lâchera plus. Il ne reprendra possession de lui totalement qu’en 1826, une fois son sort accepté.

 

Durant les dernières années qu’il lui reste à vivre, il ne se passe pas grand-chose. Toujours ce même emploi du temps : composition le matin, promenade l’après-midi, et le soir les « Schubertiades ». Peu à peu, sa renommée s’établit.

 

 

                                                         Schubert à une "Schubertiade"

 

 

 

 

Le 26 mars 1827, Beethoven meurt. Schubert assiste à l’enterrement et fait partie du cortège funèbre. Ce décès va le bouleverser.

 

 

                                                           

                                  Schubert et Beethoven, pendant une promenade dans les jardins à Vienne. Gravure anonyme, début XIX° siècle

 

 

 

A cette époque, il va composer son cycle de lieder le plus étonnant, le Voyage d’Hiver, car le but de ce voyage, c’est la mort. Désormais, Schubert n’a plus qu’une idée en tête : composer. En 1827, ce sont le Trio en sib, la Fantaisie en ut pour piano et violon, les Quatre Impromptus op.142. L’année suivante, c’est la Fantaisie en la mineur pour piano à quatre mains, le Chant de triomphe de Myriam, les trois Klavierstücke et surtout sa Grande Symphonie. Sans oublier la Messe en sib, le Quintette en ut pour deux violoncelles, les trois dernières Sonates pour piano et le Chant du cygne.

 

Pour oublier et combattre, Schubert s’est donc lancé corps et âme dans la composition. En cette année si féconde de 1828, Schubert est épuisé. Il accepte cependant de faire un court voyage avec son frère Ferdinand et deux amis à Eisenstadt, en pèlerinage sur la tombe de Haydn. A son retour, il s’installe chez son frère Ferdinand. A partir du 13 octobre, il est si malade qu’il ne peut garder aucune nourriture. Le 16 novembre, on lui diagnostique une variété de typhoïde. Le 18, il est saisit de délire. Le lendemain, le 19 novembre 1828, il mourait à trois heures de l’après-midi. Le service funèbre eut lieu deux jours plus tard, en l’église Sainte-Marguerite.

 

Ferdinand exauça le vœu de Franz : celui-ci souhaitait être enterré près de Beethoven. Beethoven et Schubert, deux monstres de la musique romantique reposent ainsi l’un près de l’autre.

 

 

                                                                 

                                                      Tombes de Mozart (au centre), Beethoven (à gauche) et Schubert (à droite)

 

 

Il y eut beaucoup d’encre coulée sur la vie et l’œuvre de Schubert. L’emploi de superlatifs est tellement important à ce sujet, que cette citation de Schumann peut parfaitement résumer la musique schubertienne : « Il avait des accents pour les plus fines sensations et il a rendu sa musique aussi multiple que peuvent être les pensées et les volontés multiples de l’homme ».                                                                                                                                                                                                                                   

 

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